Les traditions et les significations de la cérémonie de O’segaki et de O’bon

Sermon pour le dimanche 22 juillet 2012
Rév. Shoro Tarabini, Temple Renkoji

Bonjour à toutes et à tous.
Je souhaiterais débuter mon sermon d’aujourd’hui, tout d’abord, en remerciant toutes les personnes
qui sont venues au temple pour prier, pendant la cérémonie annuelle de O’bon, pour leurs ancêtres,
pour les croyants du temple, pour les amis et pour les personnes proches décédés.
En ce moment, nous consacrons beaucoup de temps et d’énergie à la restructuration et à la
rénovation du temple, ainsi qu’aux diverses traductions et à d’autres projets. Pour ces raisons,
aujourd’hui, j’ai décidé de faire la cérémonie de manière plus simple. Cette année-ci, notre pratique
de O’bon s’est tenue sur deux dimanches, le 15 juillet et aujourd’hui, le 22 juillet, pour permettre au
plus grand nombre de venir au temple pour réciter le Sûtra du Lotus, l’Odaimoku et offrir des
prières pour les défunts.
J’imagine que vous avez remarqué que sur l’autel il y a une tablette laquée en noir comportant une
inscription dorée. Sur un côté de celle-ci, se trouve une prière pour tous les esprits des ancêtres et
pour tous les autres croyants et disciples bien aimés du temple ; sur l’autre côté, il y a une prière
pour les esprits de tous les êtres vivants. Chaque jour, je répète des prières pour eux tous. Mais,
aujourd’hui, nous consacrons une journée spéciale de prières pour toutes ces personnes aimées
défuntes.
Au Japon, à cette période, la pratique de O’bon normalement se fait pendant trois jours de fête, soit
à la mi-août (selon la date du vieux calendrier lunaire), soit à la mi-juillet (selon le calendrier
solaire). À Tokyo, par exemple, O’bon est observé pendant le mois de juillet, tandis que dans des
villes telles que Osaka ou Kyoto, dans la zone occidentale et dans les autres provinces, il est
observé au mois d’août, le même jour où est célébrée, en Italie, l’Assomption (15 Août).
Le mot «O’bon» est une abréviation du mot Urabon qui provient du mot original sanscrit
Ullambana. Dans la tradition, Ullambana est observé du 13 e au 15 e jour du septième mois (au Japon
il est subdivisé en deux parties : la bienvenue et l’adieu à O’bon). O’bon n’est pas une cérémonie
bouddhiste exclusivement japonaise, mais est également célébré dans beaucoup d’autres pays
adeptes du Bouddhisme Mahayana. Par exemple, dans le bouddhisme chinois, cette fête est appelée
Yu Lan, ou la Fête des Esprits Affamés. Au Vietnam, elle s’appelle Tet Trung Nguyen. À l’origine,
O’bon était tout simplement une fête célébrée à l’occasion de l’ouverture des portes de l’enfer,
lorsqu’on permettait aux esprits de recevoir de la nourriture et à boire.
Au Japon, la fête de O’bon a été élargie ; depuis sa forme originelle du passé prévue pour prier
seulement pour les esprits affamés qui souffrent en enfer, elle est maintenant devenue aussi une
occasion spéciale pour se souvenir et honorer les esprits de nos ancêtres et de tous les défunts que
nous avons aimés. Actuellement, cette commémoration inclut également une période de congés
favorisant les réunions familiales pendant lesquelles les gens ont la possibilité de retourner à leur
terre d’origine pour rendre visite et nettoyer les tombes des leurs ancêtres. Tout le monde quitte les
grandes villes pour prier, tous ensemble avec les autres membres de la famille, les ancêtres et les
défunts bien-aimés. On dit que, pendant cette période, tous les morts reviennent du monde spirituel
à leurs terres d’origine. Ainsi, une fois par an, toute la famille est à nouveau réunie.
Au cours de la première soirée de la fête de O’bon, des lanternes sont allumées à l’entrée desmaisons pour éclairer le sentier de façon à ce que les défunts puissent voir le chemin pour rentrer
chez eux. À l’intérieur des maisons, des autels spéciaux sont construits pour célébrer l’événement
avec des offrandes de nourriture pour les défunts. Pendant la période de O’bon, le moine du temple
de la famille est invité à réciter le Sûtra et à prier pour les ancêtres de la famille, face au Butsudan
ou à l’autel de la famille.
À l’époque de O’bon, il y a aussi quelques fêtes plus joyeuses comme, par exemple, la danse de Bon
Odori ; au Japon, cette tradition existe depuis plus de 500 ans. Je reparlerai de cette danse d’ici peu.
La fête de O’bon se termine souvent par une cérémonie pendant laquelle on fait flotter des lanternes
en papier, appelées Tōrō Nagashi, sur les eaux d’un fleuve, d’un lac ou même dans la mer, pour
saluer tous les bien-aimés de la famille qui ensuite repartent pour le monde spirituel.
Dans certaines zones du Japon, comme par exemple à Okinawa, après avoir nettoyé le tombeau de
famille, cette dernière prépare un repas, sorte de pique-nique, et tout le monde déjeune, danse et
chante à proximité de la tombe afin de partager ce moment de liesse avec les proches défunts. Toute
cette période enchanteresse n’est pas exclusivement consacrée aux morts, mais aussi à toute la
famille selon une coutume bouddhique. Toute cette cérémonie se déroule d’une façon solennelle,
mais aussi avec joie car, en cette période, il est possible de se réunir à nouveau avec toute la famille.
J’espère, de tout mon cœur, qu’un jour ces traditions s’implanteront en Italie et dans toute l’Europe.
Aujourd’hui, la cérémonie au Temple s’est déroulée de façon très simple de sorte que tout le monde
ait pu commencer à en comprendre en profondeur le sens et l’esprit. Ainsi, nous pouvons célébrer
tous ensemble la cérémonie de Ullambana-Obon. L’année prochaine, nous préparerons la cérémonie
de Osegaki pour prier pour tous les esprits affamés et souffrants qui résident en enfer et pour faire
également l’offrande de Toba et d’autres prières pour nos ancêtres, nos parents, nos amis et nos
proches défunts.
À présent, je voudrais parler de l’histoire de la cérémonie de O’bon, également appelée Fête des
Morts. Comme mentionné plus haut, le terme O’bon vient de Urabon qui provient du mot
Ullambana. «Ura» de Urabon signifie littéralement «l’agonie d’être suspendu à l’envers» ; ce qui
représente le sentiment de désespoir quand on fait l’expérience d’une terrible souffrance, tandis que
«bon» est un plateau utilisé comme support pour soulager la souffrance. La cérémonie de Obon est
une tradition spéciale pendant laquelle, un fois par an, on rend hommage aux parents, aux grands-
parents et à d’autres aïeux décédés et durant laquelle on prie afin que les personnes décédées
puissent être libérées des souffrance de l’enfer et obtenir l’éveil. Pendant la période de Obon, on
observe la cérémonie de Osegaki pour prier pour tous les êtres vivants afin que eux aussi puissent
être soulagés et, par la suite, libérés de toute souffrance.
Les origines de cette cérémonie se situent dans le récit du Vénérable Maudgalyayana, l’un des dix
principaux disciples du Bouddha Sakyamouni. Cet épisode est expliqué dans le Ullambana Sûtra, le
Bussetsu Urabongyō, plus connu sous le nom de «Le Bouddha parle de l’Ullambana Sûtra». Ce
Sûtra a été traduit du sanscrit au chinois ancien par les soins de Dharmaraksa (lequel a également
traduit l’une des versions du Sûtra du Lotus du sanscrit au chinois classique).
Maudgalyayana a été considéré comme l’un des deux principaux disciples du Bouddha, l’autre étant
Sharipūtra. Sharipūtra était connu pour sa grande sagesse et connaissance, tandis que
Maudgalyayana pour ses pouvoirs spirituels et sa force psychique.
La mère de Maudgalyayana, Shodainyo, mourut quand celui-ci n’était encore qu’un très jeune
garçon. La présence d’une mère, dans sa vie, lui manquait. En grandissant, et même à l’âge adulte, il
s’attrista de ne pas avoir la possibilité de prendre soin de sa mère pendant sa vieillesse. Ainsi,Maudgalyayana pensait beaucoup à sa mère et il se demandait souvent quel avait été son sort. Un
jour, Maudgalyayana utilisa ses pouvoirs psychiques et découvrit que sa mère était tombée dans
l’enfer de la faim. Il vit sa mère décharnée par l’inanition. Encore debout, elle avait la bouche
ouverte et implorait l’aumône. Maudgalyayana fut bien évidemment bouleversé de voir sa mère
dans de telles horribles conditions. Il souhaita l’aider et se servir de ses pouvoirs surnaturels pour la
rassasier. Ainsi, il offrit de la nourriture à sa mère, mais lorsque celle-ci l’apporta à la bouche, tout
se transforma en flamme. Maudgalyayana fut très secoué par cette scène et envoya immédiatement
de l’eau à sa mère et la lui versa dessus. Cependant, cette eau se transforma tout de suite en huile, ce
qui provoqua du feu dans sa bouche, lequel se propagea à tout son corps. Ce dernier brûla pendant
que sa mère, dans son agonie, criait : «À l’aide ! À l’aide !». Maudgalyayana était désespéré et
voulait aider sa pauvre mère. Se rendant compte qu’il n’était pas en mesure de l’aider véritablement,
Maudgalyayana demanda au Bouddha son assistance.
Le Bouddha Sakyamouni expliqua à Maudgalyayana que, lorsqu’elle était encore en vie, sa mère
avait été une personne très avide et, même quand elle essayait d’aider son fils, elle commit de
mauvaises actions. Elle était donc en train de payer les conséquences de ses actions et d’une vie
entièrement vouée à l’avidité ; c’est pour cette raison qu’elle souffrait. Le Bouddha expliqua à
Maudgalyayana qu’il ne lui restait plus qu’une seule voie pour sauver sa mère de la souffrance : il
allait devoir offrir, au nom de sa mère, de la nourriture et de l’eau à tous les moines à la fin de la
retraite Ango.
La retraite Ango était un événement, d’une durée de trois mois, que tous les moines respectaient
pendant la période des pluies. À cette époque, ils s’enfermaient dans le monastère pour méditer et
pour écouter des discours variés sur le Dharma. Ne pouvant donc pas sortir du monastère, ils ne
pouvaient pas non plus demander l’aumône. Le Bouddha demanda à Maudgalyayana d’attendre la
fin de la retraire, le 15 e jour du septième mois, pour faire les offrandes aux moines. Agissant ainsi, il
allait pouvoir accumuler beaucoup de mérites et sauver sa mère.
Maudgalyayana fit exactement ce que le Bouddha lui avait dit de faire et ainsi sa mère fut sauvée de
son agonie. Lorsque Maudgalyayana vit que sa mère avait été enfin sauvée de sa souffrance, il fut
empli d’un grand bonheur et il commença à danser de gratitude et de joie. La danse de Obon, c’est-à
-dire le Bon Odori, fut créée à partir de cet épisode. Ensuite, le Bouddha Sakyamouni dit de
continuer à faire cette offrande tous les ans, et pas seulement pour sa mère, mais aussi pour les
parents de celle-ci et pour tous ses aïeux. C’est de cet événement qu’est née la tradition de Urabon
qui, de nos jours, est adoptée et observée par tous les types de bouddhisme Mahayana.
Nichiren Shonin traita des origines et du sens de la Cérémonie de Obon dans une lettre, intitulée Le
Gosho de Urabon, adressée en 1279 à la grand-mère de l’un de ses disciples, Jibu-bō. Dans cette
lettre, Nichiren Shonin nous enseigne que grâce à notre foi et à nos offrandes au Sûtra du Lotus
nous pouvons, nous-mêmes ainsi que nos parents, nos ancêtres et tous nos proches, parvenir à
l’éveil.
Le vénérable Maudgalyayana mit toute sa foi dans le bien suprême du Sûtra du Lotus et ainsi il
atteignit la Bouddheité, de même que son père et sa mère. En outre, aussi surprenant que cela puisse
paraître, tous ses ancêtres des sept générations précédentes et toutes les sept générations suivantes
devinrent des Bouddhas.
D’après ce texte des écrits de notre Fondateur, nous pouvons voir très clairement comme il est
important de réciter le Sûtra du Lotus et l’Odaimoku pendant que nous prions pour nos ancêtres, et
d’offrir Toba ; ceci, en effet, apporte des mérites non seulement aux autres, mais aussi à nous-même.
Auparavant, je vous ai dit que la signification littérale du mot Urabon est «l’agonie d’être suspendu
à l’envers», ce qui illustre bien le sens de faiblesse et d’être sans défenses lorsque nous sommesconfrontés à la vraie souffrance ; «bon» est le plateau, ou vaisseau, qui peut apporter de l’aide, un
soutien, ou soulager la souffrance. Ce vaisseau, qui peut éliminer la souffrance et, par la suite,
conduire une personne vers le bonheur, est le Sûtra du Lotus et l’Odaimoku de Namu Myoho Renge
Kyo. En cette vie-ci, néanmoins, il n’y a que nous qui puissions servir le plateau à nos parents, aux
membres de notre famille décédés et aux ancêtres. C’est précisément parce que les défunts ne
peuvent plus réciter pour eux-mêmes que nous, les vivants, prenons la responsabilité de réciter et de
prier pour eux.
Dans la tradition, pendant la période de Obon, nous invitons le moine de notre temple local de la
Nichiren Shū à venir chez nous pour réciter le Sûtra devant l’autel familial. Au sein de la Nichiren
Shū, nous participons également à la cérémonie de Osegaki au Temple ; cérémonie qui est célébrée
pour les esprits de tous les défunts. À cette occasion, nous offrons Toba à chacun de nos ancêtres;
ensuite, après la cérémonie, nous l’emmenons à leurs tombes et nous récitons le Sûtra et
l’Odaimoku.
Pendant la cérémonie solennelle de Osegaki, nous offrons aux esprits de tous les défunts les
«drapeaux de Osegaki» contenant des passages du Sûtra du Lotus écrits à la main. Nous offrons
ensuite ces «drapeaux de Osegaki» aux défunts, en les mettant dans un bol de riz lavé de manière à
ce que, à travers le Sûtra du Lotus, ils puissent être nourris et donc soulagés de la faim, de la
souffrance et entrer dans le règne du Bouddha. En outre, étant donné qu’en cette période il fait
chaud, nous mouillons légèrement le riz avec de l’eau fraîche. Unis à notre récitation sincère du
Sûtra et de l’Odaimoku, ces drapeaux Osegaki extirpent la malchance, transforment le mal et
n’importe quelle affliction, allongent la vie et augmentent la bonne fortune pour les défunts et pour
ceux qui sont en train d’offrir les prières. Comme déjà expliqué, pendant cette cérémonie, on offre
des Toba pour les défunts et, après la cérémonie, ceux-ci sont répartis sur chaque tombe. On peut
offrir ces Toba aussi bien à nos ancêtres et aux membres défunts de notre famille, qu’aux amis, aux
collègues, aux autres proches et même à nos animaux préférés qui sont morts.
Ainsi, non seulement nos ancêtres et nos parents défunts, nos amis, nos collègues, nos proches ou
nos animaux favoris recevrons les merveilleux mérites du Bouddha, mais nous aussi nous tirerons
un bénéfice profond de nos efforts pour offrir ces prières et Toba. Dans son écrit Shiiji Shirō Dono
Gosho – Un navire pour traverser la mer [des souffrances] de naissance et de mort, Nichiren
Shonin nous explique : «Le Bouddha Sakyamouni est l’homme à la barre, le Bouddha Taho hisse les
voiles, les Quatre Bodhisattva de la Terre, guidés par le Bodhisattva Jōgyō et les autres, font des
efforts à l’unisson avec les rames stridentes. Ceci est le navire de la phrase «Nyo to toku sen» («le
navire qui nous conduit vers la berge opposée, celle des mérites [de la vie éclairée] du Tathāgata»).
À son bord, se trouvent les disciples et les adeptes de Nichiren. Crois en cela de tout ton cœur.
Quand tu iras rendre visite à Shijō Kingo, parle-lui avec beaucoup de sincérité».
En réfléchissant à tout cela, nous pouvons constater que, en observant cette cérémonie significative
de Ullambana, nos parents – aussi bien ceux de la présente vie que ceux des vies précédentes –
recevront tous les mérites et les bienfaits du Dharma, que leur karma négatif sera éradiqué et leurs
vies purifiées. Tandis que nous exprimons notre amour à nos parents, à nos grands-parents, à nos
ancêtres et à toutes les personnes qui comptent beaucoup pour nous, nous manifestons également
notre piété filiale. Comme l’a fait le Vénérable Maudgalyayana, continuons toujours de faire de
notre mieux en célébrant les cérémonies de Obon et Osegaki chaque année au Temple et efforçons-
nous de conserver notre pratique et notre foi quotidiennes dans la récitation du Sûtra du Lotus et de
Odaimoku. De cette façon, nous pourrons conduire tous nos parents, notre famille, nos aïeux, nos
amis, nos proches défunts vers la Bouddheité et, enfin, vers le bonheur et la libération de toutes
formes de souffrance.
Gassho, Namu Myoho Renge KyoPhoto
Offrande de Toba
Photo
Offrande de Toba, nourriture et eau aux défunts, pendant la cérémonie de Osegaki.

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