La signification du terme Bonnō Soku Bodai

Traduction Shôyû gérard Foureau, shami du temple Guhôzan Renkôji de la Nichiren Shū

Ces derniers mois, j’ai reçu beaucoup de questions concernant les “bienfaits”, les “buts à atteindre” et
si les “désirs terrestres sont l’illumination”, c’est-à-dire Bonnō Soku Bodai.
Je voudrais expliquer la signification de ce terme – très important pour le Bouddhisme – qui toutefois
est souvent mal compris.
Le terme de Bonnō Soku Bodai (“les désirs terrestres et les diverses afflictions se transforment en
illumination”) est souvent traduit d’une manière érronée par “les désirs terrestres sont l’illumination”.
En se basant sur cette équivoque, beaucoup de personnes ont tendance à concevoir le bouddhisme,
Nichiren et la foi dans le Sūtra du Lotus comme étant l’équivalent d’un gain matériel (consommation)
; par conséquent, cette équivoque pourrait aussi contribuer à alimenter l’avidité.
Il y a des personnes qui appréhendent Bonnō Soku Bodai avec la conviction que «les désirs terrestres
sont l’illumination» et cela est donc pour eux la manière d’appréhender le Bouddhisme ; en d’autres
termes, ils croient que cette expression veut dire la réalisation des «objectifs» ou «gagner» à tout prix
et que cela équivaut à une foi bouddhiste correcte et pure.
Si cette interprétation était correcte, alors il ne serait pas nécessaire de réciter le Sūtra du Lotus et
l’Odaimoku, et même de pratiquer le bouddhisme. Il suffirait simplement d’acheter ou d’accumuler
beaucoup de «choses» pour être «illuminé». Autrement dit, avec cette idée, il serait suffisant
simplement de faire du shopping ou de désirer une chose quelconque pour devenir Buddha.
Tout cela évidemment n’est pas en accord avec ce que le Buddha nous a enseigné. Au contraire, rien
ne pourrait être plus éloigné des enseignements, des valeurs et de la vision du Buddha et de Nichiren
Shōnin que cela. En effet, les premiers enseignements du Dharma du Buddha Śākyāmuni ont été les
Quatre Nobles Vérités et l’Octuple Sentier ; le bouddhisme a commencé avec ces principes
fondamentaux très importants.
Le principe des Quatre Nobles Vérités nous explique que la vie est souffrance et que cette souffrance
vient de nos Bonnō, c’est-à-dire de nos attachements, de nos désirs et de toutes ces choses qui nous
tourmentent ou qui nous font du mal. Ce principe nous explique, cependant, que pour nous libérer des
souffrances dans notre vie, il faut, avant tout, en éliminer les causes, c’est-à-dire Bonnō. Ceux-ci sont
éliminées de notre vie en suivant l’Octuple Sentier (vision juste, pensée juste, intention juste, parole
juste, action juste, de corrects moyens de subsistance, effort juste, conscience juste et méditation juste).
Pour expliquer encore mieux la traduction erronée du terme Bonnō Soku Bodai, les désirs terrestres
sont l’illumination, nous devons, avant toute chose, examiner un peu plus en profondeur le mot Bonnō.
L’origine du terme Bonnō vient du mot sanskrit Klesha et signifie affliction.
Ces afflictions sont des problèmes liés à des dysfonctionnements cognitifs et émotionnels qui nous
affligent, tels que l’avidité, la haine, l’orgueil, l’ignorance, etc. … lesquelles, par conséquent, nous
créent des conditions de souffrance. Elles sont directement en relation avec des états mentaux qui nous
rendent agités, nerveux, confus, mal à l’aise, mécontents et ou malheureux.Page 2 sur 3
Les désirs matériels font partie intégrante des différents types de Bonnō. L’Abhidharma et les autres
enseignements Mahāyāna qualifient ces afflictions comme étant : l’avidité, la haine, l’illusion, l’orgueil,
une vision erronée. Le doute, la torpeur, l’agitation, l’effronterie et la témérité sont fortement influencés
et encore plus alimentés par les poisons de l’ignorance, de l’attachement et du désir, ainsi que par
l’agressivité, la colère, la haine, le ressentiment, l’égarement, l’apathie, l’orgueil, le manque d’estime de
soi-même, la jalousie, l’envie et la paranoïa.
L’autre problématique se situe dans la traduction du mot Soku de Bonnō Soku Bodai qui, parfois, est
traduit simplement par est ou est égal à. En examinant de plus près le mot dans le dictionnaire de Kanji
(lettres chinoises), le terme et caractère Soku peut avoir plusieurs sens, parmi lesquels: tel quel, se
conforme à, adapté à, se fonde sur, s’élève à, s’enracine dans, commence à fonctionner avec, est réglé
par, se transforme en et amène à.
Une vie contrôlée par des désirs ou des afflictions est misérable. Le bouddhisme nous enseigne la
manière de «dresser» nos émotions et notre mental pour ne pas être esclaves de nos désirs et de nos
attachements. Dans les écrits bouddhistes, une vie contrôlée par les désirs est symbolisée par les
«esprits affamés», ou par des personnes qui se trouvent dans l’état d’enfer. Dans le texte qui suit,
Nichiren Shōnin, en 1277, a mis en garde Shijō Kingo contre le fait de s’attacher aux désirs ou à
d’autres phénomènes éphémères de la vie:
Une personne véritablement sage ne se laissera jamais emporter par aucun des huit vents: la
prospérité, le déclin, la disgrâce, l’honneur, la louange, le blâme, la souffrance et le plaisir. Elle
ne se laissera ni exalter par la prospérité, ni affliger par les adversités. Les dieux célestes
protégeront certainement celui qui ne se plie pas face aux huit vents ( Shijō Kingo Dono
Gohenji – Réponse au Seigneur Shijō Kingo).
Nāgārjuna, dans son traité Daichido Ron (Traité sur le Sūtra de la Perfection de la Sagesse), nous
encourage quand il explique que «[le Sūtra du Lotus] est comme un grand médecin qui transforme
le poison en médecine. Le poison ce sont les afflictions qui créent notre souffrance. Pratiquer le
bouddhisme est le moyen de purifier nos vies et d’en ôter tout poison et toute souffrance.
À ce stade-là, peut-être me demanderas-tu: «Alors, je ne peux rien désirer dans la vie comme, par
exemple, aimer les autres, manger, travailler, faire les courses pour ma famille, ou souhaiter étudier le
bouddhisme? Tout est un désir, n’est-ce pas ?» «Oui, ce sont des désirs, mais être esclave d’un désir ou
d’un attachement est une chose, tandis que vivre la vie de tous les jours en est une autre. Lorsqu’ une
personne est si attachée à l’obtention de bénéfices et à la réalisation de ses propres désirs à tout prix,
elle risque d’être très égocentrique. Tout est basé sur «moi, moi, moi» ou «tout pour moi, moi, moi.
Moi d’abord; je m’en fiche des autres … etc. …». Ceci est en effet une maladie que nous voyons trop
souvent dans notre société. En examinant ce comportement extrême, qui nous mène à l’égocentrisme,
nous pouvons constater que ces personnes sont si concentrées sur elles-mêmes qu’elles ont du mal à
s’entendre avec ceux qui ne pensent pas comme elles ou qui n’ont pas la même opinion qu’elles.
Souvent, ne pouvant pas s’entendre avec les autres, ces personnes se fâchent et peut-être se disputent
très facilement ou fréquemment avec les autres. En outre, si une personne fonde sa philosophie de vie
sur l’obtention de «choses», elle risque de devenir avide. Lorsqu’ une personne est avide, elle n’estPage 3 sur 3
jamais satisfaite de rien, donc elle sera toujours insatisfaite et, par conséquent, elle cherchera toujours
à obtenir davantage. Ceci n’est pas le fondement d’un vrai bonheur pour la simple et bonne raison que
l’on fait dépendre celui-ci de quelque chose d’éphémère et d’extérieur à nous. Le jour où nous ne
réussirons pas à obtenir ce que nous désirons, cette attitude nous mènera, sans aucun doute, à une
grande souffrance. Le Buddha nous a enseigné que les trois poisons détruisent la qualité de la vie et
qu’ils nous apportent une grande souffrance. Ce sont les poisons de l’ignorance, de la colère et de
l’avidité.
Je reviens donc au point essentiel : où se situent les bénéfices dans la pratique de la Nichiren Shū et
dans le Sūtra du Lotus comme véritablement enseigné par Nichiren Shōnin ? Le vrai bénéfice de notre
pratique est toujours celui enseigné à l’origine par le Buddha Śakyāmuni, c’est-à-dire : pratiquer le
bouddhisme, libérer notre vie de la souffrance et obtenir une qualité de vie intérieure plus sage et
éclairée, grandir en tant que Bodhisattva et ouvrir la vie du Buddha dans notre quotidien. Cela est le
véritable bénéfice de la pratique bouddhiste ; tout le reste, nos petits désirs ou nos besoins quotidiens
seront satisfaits également.
Dans notre parcours de pratique bouddhiste, et pendant notre vie, il se peut que nous rencontrions des
problèmes à résoudre ou des exigences et des besoins particuliers à satisfaire ; c’est normal, cela fait
partie de la vie, mais une pratique basée exclusivement sur cela (c’est-à-dire sur l’atteinte des désirs
personnels) demeure à un niveau très bas. Au contraire, si l’on s’efforce d’utiliser ces premiers stimuli,
ou ces nécessités, pour commencer à marcher sur la Voie du Bodhisattva, notre vie commencera à se
transformer.
En ouvrant la porte à l’univers du Buddha, en poursuivant avec zèle ce parcours et en gardant toujours
en mémoire le but initial du Buddha Śakyāmuni et de Nichiren Shōnin, leur intention devrait devenir
aussi la nôtre. Avec cette attitude et avec cet objectif premier dans notre pratique, nous transformerons
certainement les souffrances et les afflictions initiales en illumination.
En cela consiste le véritable sens du principe très important de Bonnō Soku Bodai (“les désirs terrestres
et les diverses afflictions se transforment en illumination”).
J’espère que mon explication a été suffisante et utile.
Gasshō,
Namu Myōhō Renghe Kyō
Révérend Shōryō Tarabini
Le 7 octobre 2015

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