« Chaque jour est un bon jour » (suite)

J’avais écrit lorsque je traitais la phrase d’un kôan du Recueil de la Falaise Verte « Chaque jour est un bon jour » que « la vie est à saisir dans son immédiateté ».

La compilation des kôans s’est faite il y a plusieurs centaines d’années et ils s’adressaient à des bonzes engagés dans une pratique à plein temps de la méditation dans un monastère. Le décalage énorme qu’il y a entre la vie monastique d’alors et celle de la vie d’un laïc de l’époque actuelle peut nous amener à douter de nos capacités à mettre en application aujourd’hui les principes du Zen d’antan. Pourtant dans la phrase « chaque jour est un bon jour » qui ne peut être rapprochée de l’Evangile de Mathieu « A chaque jour suffit sa peine », dans la phrase du kôan il s’agit vraiment de laisser tomber « avant et après » et de ne s’occuper que de « l’ici et maintenant » dans sa pleine conscience. C’est dans l’expérience de la vie quotidienne que réside l’expérience zen, dans cette succession d’instants, dans cette succession d’immédiats, qui changent tout le temps dans une parfaite fluidité, et que l’on ne peut fixer, contrairement à un appareil photo qui lui, arrête le temps. N’appelle-t-on pas d’ailleurs une photo un instantané ?

Les bonzes n’étaient pas seulement engagés dans la pratique de la méditation mais également chaque jour dans de longues heures de travaux de toutes sortes. Le maître et ermite chinois Ch’ing-hung (1272-1352) le rappelle dans un poème :

Vivre comme un dieu ou un bouddha n’est pas bien difficile

La situation d’un bonze est bien plus dure

Toujours épuisé, sans temps de repos

Si ce n’est pas s’occuper du bois ou de l’eau, restent encore les obligations du temple

Comme je l’ai souvent dit et écrit la réalité de la vie ne se situe pas en zazen mais se trouve par le zazen. Vivre l’instant présent de son quotidien ne peut être que sous-tendu par la pratique du zazen, sans en chercher les bienfaits. Laïc ou bonze, c’est son engagement dans la pratique de la méditation zen qui va induire l’état d’esprit juste, qui va enseigner comment faire pour que l’activité quotidienne, réglée ou non à la milliseconde pour certains, soit une route menant à l’accomplissement de soi. A condition bien évidemment que le Zen soit l’outil qu’on ait choisi pour travailler sur soi. Il existe d’autres outils. Je ne parle que de l’outil que je connais un tant soit peu, le zazen.

Parmi les pratiquants du Zen beaucoup connaissent la phrase du maître chinois Pai-chang (720-814 jap. Hyakujo) : « Un jour sans travailler – un jour sans manger », phrase qu’il prononça lorsqu’on lui cacha ses outils de jardinage, les bonzes de la communauté estimant qu’il était trop vieux pour travailler. Il décida alors de jeûner jusqu’à ce qu’on lui rende ses outils. En les lui enlevant, dans son esprit on l’empêchait de contribuer à la bonne marche du monastère mais surtout on lui enlevait la possibilité de s’absorber dans ce qu’il faisait au moment où il le faisait et ainsi faire de son activité un travail spirituel, une méditation, et donc une occasion d’aller encore plus loin dans sa réalisation.

S’absorber sur ce qu’on fait au moment où on le fait n’est pas la propriété de l’Asie ni inaccessible à l’Occident. C’est un principe Zen universel et intemporel, dont le zazen va insuffler l’esprit.

Portrait de Maître Jyoji en Zazen

 

Merci à D. A. pour ce portrait de moi assez ressemblant tout compte fait

En elle-même, la connaissance du Dharma, c’est-à-dire les enseignements du Bouddha, est sans valeur si elle n’est accompagnée par la capacité à méditer, accompagnée de la force du Samâdhi.

T.J.

 

http://aucoeurduzen.blogspot.fr/2011/06/au-coeur-du-zen-suite.html

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